Dimanche 3 février 2008
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19:20
J’écris une lettre, je peux écrire une lettre, je dois écrire une lettre ! Lettre à qui ? Oh à personne ou à
peu importe, à celui ou celle qui passe, à Mr le vent, à Dieu le père, à la vipère qui roule en ma chair.
La poésie est une musique, pas d’âme, pas de siège, pas de patrie, pas d’époux et pas d’espoir.
Rien qu’une sonorité de mots, mots nomades, à la recherche d’un présent.
La poésie n’est pas un chuchotement sur fond de basse-cour, pas un blabla de télévision allumée, de journaux froissés
d’histoires, de pin-up embrouillées et de taureaux bronzés.
Or je n’entends rien, rien qui soit de la musique. Pas d’ouragan, pas d’étincelles pour grands feux noyés.
Un foulard traîne pour enrhumés de la vie, quelques chaos disjoints, dissolus, sans fond ni fondement… Des cris des
piétinements affolés pour des notions erronées sinon une ligne plane, l’autoroute du non-dit, du non-avenu tout clean, bien propre, même pas une tache de haine sur l’horizon nettoyé…
Là où l’on devrait entendre le grondement s’amplifiant d’un volcan en flammes, pas même une cheminée, pas un émoi
éclatant ne bave, ne s’éjecte, ne s’éjacule à la lumière des mondes, des étoiles et de toutes nos sphères.
Manquerait bien un animal dangereux, un loup, un tigre, un dinosaure pour brusquer les salons endoloris, pour mettre
le désordre et faire crier les âmes…
Manquerait bien la dangerosité d’un homme, crachant une rumeur éternelle, de celle qui se souvient des hommes enfoncés
dans l’éternité.
Manquerait bien un peu plus d’amour, un peu moins de pitié, d’apparences et de violons creux.
Un jour, une nuit j’arrondirais mon corps au fond d’un lit de feuilles, j’allumerais la mèche, un feu sans sacre pour
illuminer et nourrir les songes.
Au bord des étoiles, je chanterais la terre, ce brasier à jamais éteint, qui se brise et meurt dans un fracas
inaudible….